Ingeburge de Danemark (1175-1236)

Secende épouse de Philippe II, Reine de France en 1193, puis de 1201 à 1223

Ingeborg of denmark

Née en 1174 au Danemark et décédée le 29 juillet 1236 à Saint-Jean-en-Isle (près de Corbeil au sud de Paris), Ingeburge est la fille de Waldemar le Grand, roi du Danemark, et de Sophie de Polock, elle est la sœur de Knut VI roi de Danemark, successeur de son père.

Ingeburge est une jolie et saine jeune fille quand elle débarque à la cour de France. Elle ne parle pas un mot français mais compte bien trouver sa place aux côtés de ce souverain dont toute l'Europe a suivi les démêlés conjugaux avec l'infortunée Isabelle. Philippe rencontre Ingeburge à Amiens le 14 août 1193, l'épouse le jour même en la cathédrale Notre-Dame d'Amiens.

L'incroyable événement se produit, le lendemain, jour du sacre. Le roi regarde la jeune fille et, sans qu’il s’en explique, annonce qu'il souhaite qu'elle soit remise aux ambassadeurs danois pour la reconduire dans son pays. Ils refusèrent en quittant, sans Ingeburge, le royaume de France sur-le-champ.

Nul ne connaît la cause de cette décision. S'agit-il d'un handicap de la reine, d'une cause diplomatique ou d'une incompatibilité physique ? Certains affirment que, malgré la beauté de la reine, Philippe II n'a pu consommer son mariage parce que la jeune reine est ensorcelée. Toujours est-il qu'Ingeburge refuse de céder. Elle ne quittera pas le roi.

Philippe II, qui n'est pas homme à se laisser dicter ses décisions, campe sur ses positions. La reine est d’abord conduite au monastère de Saint-Maur-les-Fossés puis à l'abbaye Saint-Calixte de Cysoing (auj. dpt. du Nord) où elle restera enfermer pendant vingt ans. Philippe II entame une procédure d’annulation de mariage.

Le 5 novembre 1193, au synode de Compiègne, l’annulation du mariage est prononcée grâce à la complaisance de Guillaume de Champagne, archevêque de Reims et oncle du roi de France.

Décidément indomptable, Ingeburge ne se laisse pas faire. Elle envoie une requête auprès du Saint-Siège qui tente une démarche auprès de roi. Le 7 mai 1196, le pape Célestin III convoque en pure perte un concile de réconciliation à Paris qui n’aboutit pas, intimidé par la cour et le roi. Ingeburge renouvelle son opposition à l’annulation, ce qui n'a d'autre effet de renforcer la détermination de Philippe II à l’obtenir. Alors le pape casse l'annulation de 1193.

Dès lors, Philippe-Auguste ne peut pas se remarier. Têtu, obstiné il décide de passer outre. De plus, une assemblée d'évêques et de barons lui donne aisément raison. Il se remarie à la hâte avec Agnès de Méranie, jeune noble bavaroise, le 1er juin 1196.

En 1198, le nouveau pape Innocent III prend la cause d’Ingeburge très au sérieux et décide d’utiliser les grands moyens. Il somme plusieurs fois le roi de France de rendre sa place à Ingeburge et de se séparer d’Agnès de Méranie qu’il tient pour une intruse. Il menace le roi d’excommunication et lui intime de faire "œuvre de chair" avec son épouse légitime. Devant l'obtination du roi il n'a d'autre choix que de frapper le royaume d'interdit le 15 janvier 1200 au concile de Vienne.

La mort dans l'âme, Philipp-Auguste doit se séparer d'Agnès et reprendre Ingeburge. Dès lors, le souverain alterne le chaud et le froid en faisant mine d'accepter son union avec la reine danoise avant de la chasser de la cour.

En septembre 1200, l’interdit est levé par le cardinal Octavien, ce qui lui est fortement reproché par le pape Innocent III, car Philippe n’avait pas quitté Agnès pour autant, contrairement à ses promesses. Le 20 juillet 1201, Agnès meurt en couches, et en novembre 1201, le pape Innocent III accueille favorablement la demande de légitimation des enfants de Philippe II et d’Agnès de Méranie au motif que cette princesse avait de bonne foi consenti au mariage, dans l’ignorance qu’elle était que l’annulation était illégale.

Après la disparition d'Agnès, la messe était dite et Ingeburge aurait dû être libérée, mais il n’en fut rien. Philippe II poursuit sa politique en réalisant des conquêtes et de grands travaux et Ingeburge se morfond dans sa tour de Guinette du château d'Étampes où nul ne peut venir la voir.

En 1213, à la faveur d'un retournement de politique internationale, Philippe II a besoin de l'appui des Danois et Ingeburge rentre en grâce. Cette fois le roi ne la chasse pas. La reine a 38 ans, dont dix-neuf années emprisonnée ou exilée, néanmoins elle reste en bonne intelligence avec le roi jusqu'à la mort de celui-ci. En dépit de l'adversité et des mauvais traitements qu'elle subit, elle se réjouit de l'issue de la bataille de Bouvines.

Ingeburge se retire  dans le prieuré hospitalier qu'elle avait fait construire à Saint-Jean-en-l'Isle (à proximité de Corbeil), dans le douaire que Philippe Auguste lui avait fait constituer6. Elle fut le témoin effacé de la régence de Blanche de Castille et des dix premières années de règne de saint Louis.

La reine, devenue reine douairière s'éteignit le 29 juillet 1236 au prieuré Saint-Jean, pres de Corbeil. Son douaire revint alors à la couronne. Dans son testament, elle demanda à être inhumée à la basilique Saint-Denis, ce que le petit-fils de Philippe Auguste, saint Louis, refusa.

 

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